RW – le sort de certaines communes du Borinage

"J'ai un souvenir d'un terril magnifique et ce qui est magnifique, c'est quand on est sur le terril, quand on est en haut de ce terril, c'est encore plus magnifique"

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Le 8 novembre dernier, en Commission des Pouvoirs locaux, j’ai interpellé le Ministre Furlan suite aux informations récentes dévoilées par l’IWEPS qui indiquait que quatre communes du Borinage : Colfontaine, Quaregnon, Quiévrain et Bernissart connaissaient des taux de chômage qui avoisinent les 20 %!

Cette face visible de l’iceberg social cache une réalité complexe et nécessite vraisemblablement une analyse structurée et complète, un diagnostic actualisé et des propositions de résolution aussi multiples que complémentaires. Voici ce que j’ai voulu savoir:

 

  • Comment le ministre de la Ville réagit-il à cette situation ?
  • Le fait que ces communes soient localisées dans un environnement commun ne pousse-t-il pas le ministre à engager un traitement différencié sur base d’une étende approfondie ? La véritable solidarité entre communes wallonnes ne commence-t-elle pas par une action plus ciblée à l’égard de celles qui en ont le plus besoin ? Quelles sont les initiatives prises par le ministre ?
  • D’autres communes et/ou bassins de vie répondent-ils aux mêmes critères de pauvreté sur le territoire wallon ?
  • Sans vouloir focaliser sur les quatre communes, il n’y a pas que le taux de chômage qui, à mon avis, doit être un élément. Il est un élément évidemment à prendre en considération, mais pour avoir eu cette chance de traverser la Wallonie à pied, parfois on est étonné par certains aménagements qui sont faits dans certaines villes et quand on compare – comparaison n’est pas raison –, mais parfois on voit vraiment que c’est une dynamique d’ensemble qui manque. Dans ces communes, qui sont manifestement dans une situation difficile depuis plusieurs années – je ne tiens pas à les pointer du doigt encore une fois, je pense même que l’on a des responsabilités d’aide à leur égard en tant que pouvoir wallon – ne faut-il pas aujourd’hui un peu élever l’examen, avoir réellement une étude qui soit caractérisée sur l’ensemble des processus en cours et sur un plan concerté ?
  • On ne fait rien sans les pouvoirs locaux mais l’on ne fait rien sans la population! Ce qui m’a étonné dans certaines communes (dont je ne citerai pas le nom) où je suis passé, j’avais parfois le sentiment que la population était abandonnée, non-concerné par rapport à la politique ou avait l’impression, le sentiment parfois d’être abandonnée par les pouvoirs publics si bien que quand il voyait un homme public, ils se disaient : « Tiens, cela existe encore ». N’a-t-on pas un travail lourd à faire? Un travail qui passe par de l’examen, de la concertation et ensuite de l’émulation ?

Ministre Furlan me répond que, malheureusement, il existe effectivement des communes et des bassins de vie en Wallonie qui comptent un taux de chômage alarmant. Si on se base sur les chiffres publiés en septembre dernier, on observe que le taux de chômage est de 15 % au niveau régional, mais on observe également que les arrondissements de Charleroi, Mons, Soignies, Thuin et Liège présentent un taux de chômage supérieur au taux wallon.

Le Ministre partage également mon avis concernant la nécessité d’avoir une analyse bien précise de la situation à l’échelle locale et pas uniquement seulement sous l’œil du taux de chômage tant la situation existante sur le terrain est parfois complexe. L’IWEPS avait ainsi réalisé, il y a une dizaine d’années, une étude sur le niveau de pauvreté de la population wallonne dans chaque commune au départ d’une dizaine d’indicateurs. À sa connaissance, cette analyse n’a jamais été actualisée. Pour disposer d’une information sur la situation socio-économique des communes wallonnes, le Gouvernement dispose, pour l’instant, de l’outil WalStat développé conjointement par l’IWEPS et le SPW et qui vise à mettre à disposition du grand public un panel assez large de statistiques à l’échelle communale. Si on veut être complet, on devrait également tenir compte de l’évolution de la situation en Europe qui a impacté le PIB moyen européen ce qui a amené une révision des Fonds européens.

En ce qui concerne le volet des actions entreprises ou à entreprendre pour résoudre ces problèmes, le Ministre m’indique que, concernant notamment le fonds des communes, le mécanisme de calcul actuel des dotations repose justement sur l’idée de mener des actions bien ciblées à l’égard des communes frappées par le phénomène de pauvreté. Le rapport d’évaluation portant sur la période 2008-2014, réalisé par la DGO5 montre bien que les mécanismes de péréquation fiscale mis en place au travers des tranches « péréquation fiscale à l’IPP » et « péréquation fiscale au PrI » profitent bien aux communes dont la population est plus pauvre que la population moyenne en Wallonie. L’analyse réalisée par la DGO5 à la fois au travers du coefficient de corrélation entre la dotation de péréquation fiscale par habitant est plus importante pour les communes qui disposent du revenu moyen par habitant le plus bas en Wallonie. Même chose si l’on se repose sur les clusters socio-économiques des communes qui sortent de l’institution Belfius, on constate que ce sont les clusters composés de communes à population pauvre qui disposent de la part la plus importante de la dotation de péréquation fiscale.

Des mécanismes de correction des inégalités dues à des niveaux de pauvreté, on en retrouverait également dans le mécanisme de répartition du fonds spécial de l’aide sociale au travers, par exemple, des critères bénéficiaires du RIS et du nombre de bénéficiaires de l’intervention majorée.

La Politique de la Ville du Ministre Furlan se base sur la notion de pôles urbains qui avait été définie dans le cadre de la sélection des projets des fonds FEDER, ce qui, selon le Ministre, n’aurait pas amené à une dilution des moyens budgétaires consacrés au financement de cette politique.

Voici ma réplique:

Effectivement cela dépasse vos compétences stricto sensu, mais il faut, surtout dans un dossier comme celui-là, envisager d’en être le pilote.

Ceci dit, l’élément Fonds des communes que vous avez développé n’est pas contestable et je ne le conteste d’ailleurs pas. Je pense que les communes regardent d’ailleurs d’un œil assez satisfait cette différenciation qui est établie par le Fonds des communes. Je pense que ce n’est pas suffisant. Je ne parle pas en termes d’argent. Il y a réellement un état d’esprit, parfois, qui doit être modifié et c’est un esprit, ce n’est pas seulement celui du politique, c’est un esprit social dans le sens le plus large et optimiste du terme.

J’ai un souvenir d’un terril magnifique et ce qui est magnifique, c’est quand on est sur le terril, quand on est en haut de ce terril, c’est encore plus magnifique. Dès que l’on descend de ce terril, on tourne dans l’une de ces quatre communes que j’ai citées, et l’on y voit une forme d’abandon et de l’habitat et de l’environnement et de l’aménagement du territoire, et l’on se dit : « Mais pourquoi n’a-t-on pas tenté de valoriser ce terril avec la population ? Pourquoi n’a-t-on pas essayé d’accrocher cette population à ce terril, pour, d’abord, la rendre fière, mais peut-être aussi l’exploiter d’une manière plus culturelle, peut-être aussi plus industrielle ? » J’ai l’impression que, parfois, on passe à côté d’occasions. Pour cela, il faut parfois avoir une vue plus extérieure, parce que quand on est sur le guidon, on finit par ne plus voir, ni les sommets, ni l’endroit où il faut arriver, mais une route où l’on se dit : « Autant éviter les cailloux qui y sont ! »

Il faut un jour y réfléchir de manière plus ample à cette problématique si l’on veut réellement que la Wallonie s’en sorte, même dans ces coins-là.