FWB – Evaluation, source de burn out

Quand la Ministre de l'Education se trouve face à deux propositions et demandes différentes de la par des acteurs du terrain, le rôle de l’homme politique que je suis est de lui demander de prendre une décision. Voici l'intitulé de ma question et la réponse de la Ministre.

« Ministre de l’Éducation ne doit pas être une tâche aisée au quotidien. Sur une même journée, le président du Syndicat d’enseignement libre (SEL) prend position, jugeant que les directeurs se voient accorder trop d’autonomie et trouvant scandaleux de sanctionner un enseignant qui a reçu une mauvaise évaluation. Quelques heures plus tard, Madame la Ministre, une centaine d’écoles viennent vous dire qu’elles étouffent sous la bureaucratie et que, sans une plus grande autonomie laissée aux directions, le système d’enseignement agonisera. Voilà deux versions tout à fait différentes. Le rôle de l’homme politique que je suis est de vous demander de prendre une décision. Face à ces difficultés, quelle sera votre décision? Quelle logique suivez-vous dans ce dossier qui constitue, je le pense, une urgence certaine? Va-t-on assister à un enterrement de première classe du système d’éducation, si les directions ne reçoivent pas un minimum d’autonomie, pourtant indispensable à l’exercice des responsabilités qui sont les leurs? »

 

Mme Marie-Martine Schyns , ministre de l’Éducation, me répond : « Le projet d’avis n° 3 du Groupe central suggère réellement une nouvelle approche de la gouvernance, à la lumière d’un double principe: autonomie et responsabilisation. Ces deux mots vont de pair. D’une part, il s’agira de mobiliser l’équipe éducative dans une dynamique participative collective pour faire de l’école une organisation apprenante. D’autre part, un système de contractualisation des établissements scolaires sera instauré autour du plan de pilotage – le contrat d’objectifs –, défini par la direction avec la participation des enseignants. Ce plan de pilotage sera évalué collectivement tous les six ans, une première évaluation ayant lieu après trois ans. Le Parlement a adopté en février dernier les fameux articles 70 et 71 du décret portantr diverses mesures relatives à l’enseignement. Le Pacte pour un enseignement d’excellence confirme ce qui avait déjà été pressenti auparavant. C’est dans ce cadre-là qu’entre en jeu le dispositi f d’évaluation des enseignants «donnant la primauté aux fonctionnements participatifs de manière à débattre collectivement des points d’attention et d’amélioration à mettre en œuvre dans le cadre du plan de pilotage». Dans les pages 171 à 174, le projet d’avis n° 3 explique en détail la procédure envisagée pour les enseignants. Ces pages ont été évoquées dans votre question et ont fait l’objet de différents échos, de la part des syndicats, sur Facebook ou dans la presse. Ces pages mentionnent également l’évaluation des directions. Par contre, en ce qui concerne les autres catégories de personnel, rien n’est défini à ce jour. Lors d’un entretien de fonction, le chef d’établissement et le membre du personnel pourront identifier les compétences à développer et définir un projet de formation, avec une dimension collective et une dimension individuelle. Cet entretien donne lieu à un document signé par les deux parties. J’en arrive à ce qui donne davantage lieu à discussion, alors que les mots de l’avis sont pesés. «Si des évaluations sommatives doivent intervenir à certains moments à déterminer», elles doivent «être précédées d’entretiens de fonction et d’évaluations formatives mettant clairement le membre du personnel en position de pouvoir entreprendre les actions nécessaires à la rencontre des lacunes éventuellement constatées. Ce n’est que si le membre du personnel a réellement et concrètement été mis en position de pouvoir évoluer que des évaluations sommatives peuvent avoir lieu.» C’est ce que dit le projet d’avis. À mon sens, le caractère essentiellement participatif et positif soutient le développement professionnel des enseignants, ne les dépossède pas de leur métier contrairement à des mécanismes qui existent dans d’autres structures et qui peuvent donner lieu au burn-out. Je rappelle que, même si certains syndicalistes se sont positionnés à titre personnel après le projet d’avis n° 3, celui-ci a fait l’objet d’un consensus entre tous les acteurs du Groupe central. «Une autre balise essentielle pour le Groupe central est la qualité de l’évaluateur». À ce propos, j’ai également vu de nombreuses réactions circuler sur Facebook. L’évaluateur, qu’il soit directeur ou enseignant expérimenté, délégué et sélectionné à la suite d’un appel à candidatures, devra avoir suivi une formation préalable à l’évaluation. Il devra adhérer à un code de déontologie qui lie le pouvoir organisateur et l’évaluateur. Il faudra fixer, au préalable, les statuts des missions de l’évaluateur. L’évaluation me paraît donc clairement balisée. J’insiste sur le fait qu’à travers ce projet d’avis, l’évaluation est avant tout formative, que ce soit au niveau des apprentissages des élèves, des actions des enseignants ou du plan de pilotage. Il s’agit de faire évoluer la culture de l’évaluation et de la concevoir comme un levier d’amélioration. »

 

Je prends note du consensus initial auquel Madame la Ministre a fait référence. Force est de constater que ce consensus n’a pas été établi très longtemps. Ceci étant dit, je partage quelque peu son avis: la concertation et l’esprit d’équipe sont nécessaires. Il est clair et net que l’équipe doit avancer de la même manière. Cependant, si les directions n’ont pas obtenu la possibilité de corriger le tir, de donner l’élan nécessaire pour obtenir le consensus initial ou contribuer à l’image et à l’éthique de l’école, les directeurs ne servent à rien. L’un n’est donc pas opposé à l’autre. Toutefois, à un moment donné, des décisions doivent être prises. C’est ce que demandent les directions d’école, qui souhaitent faire leur travail, assumer leurs responsabilités, sans être prises dans une série de règlements qui, non seulement leur font perdre du temps, mais sont contraires aux objectifs poursuivis. L’époque actuelle ne manque pas d’occasions de nous démontrer que les règlements non assortis de sanctions relèvent d’un catalogue des bonnes intentions. Un règlement, une directive, une loi, une législation exigent une sanction. Cela vaut pour tout le monde: pour les directions qui abuseraient de leur pouvoir et pour les enseignants qui sortiraient de leur rôle d’éducateurs.