FWB – Décloisement des régendats menant à un titre d’enseignant du degré inférieur du secondaire

Un directeur de Haute Ecole a fait une proposition intéressante: décloisonner les formations de régendat, afin que l'étudiant ne doive plus faire de choix par défaut et «par paire»: histoire-géographie ou néerlandais-anglais. En Flandre, le système a été décloisonné. J'ai voulu savoir ce qu'en pensait le Ministre.

Retrouvez, ci-dessous, l’intégralité de ma question et la réponse du ministre.

« Monsieur le Ministre, cela devient une lapalissade de parler de la pénurie des professeurs. Pas un jour ne passe sans que la presse ne se fasse l’écho de parents, de pouvoirs organisateurs, de directions à la recherche d’enseignants et, plus particulièrement d’enseignants en langues. Je ne vous dis pas les difficultés rencontrées lorsque l’on compte des écoles d’immersion sur son territoire. Parfois, on se demande si l’on pourra encore les maintenir, tant certaines ressources se font rares. Dans ses colonnes des « Mercredis de l’enseignement », le journal « Le Soir» a interrogé le directeur de la section pédagogique de l’Henallux qui a fait une proposition qui ne me semble pas dénuée d’intérêt. Je voudrais la confronter à votre jugement. Cette proposition vise à décloisonner les formations en régendat, considérant que l’étudiant qui s’oriente aujourd’hui dans une carrière d’enseignant fait un choix par défaut et «par paire»: histoire-géographie ou néerlandais-anglais. En Flandre, le système a été décloisonné. Les étudiants peuvent choisir d’entamer un régendat en latin et anglais, ou encore en géographie et néerlandais. L’idée est que tout le monde n’a peut-être pas envie d’être multilingue, mais peut par contre être prêt à faire l’effort de bien maîtriser une langue cible, dans laquelle il peut également enseigner. Je trouve l’idée intéressante, sachant que s’ajoute à cela un autre phénomène que l’on constate de plus en plus, à savoir que les enseignants multilingues ne restent pas très longtemps dans l’enseignement. Ils ont vite compris qu’ils peuvent gagner plus dans le privé, sauf bien évidemment s’ils ont une vocation pédagogique. Monsieur le Ministre, que pensez-vous de cette proposition? Peut-on aujourd’hui disposer des chiffres d’inscription en régendat et de la tendance en la matière, sur la dernière décennie? Quels sont, au regard de ces observations, les régendats qui ont la cote? Existe-t-il une publicité ou une communication en faveur des études qui offrent de réelles perspectives d’emploi, telles qu e les régendats en langues? Pouvez-vous nous faire un topo? »

 

M. Jean-Claude Marcourt, Ministre de l’Enseignement Supérieur, m’a répondu ceci: « Depuis 2006, le gouvernement arrête chaque année la liste des fonctions enseignantes touchées par la pénurie pour l’ensemble de la Communauté française. Pour l’enseignement secondaire inférieur figurent à chaque fois, sur la liste, les professeurs de sciences, de mathématiques, de langues germaniques ainsi que de cours techniques et de pratiques professionnelles. En 2015, dans l’ensemble des hautes écoles organisant une catégorie pédagogique, on comptait en bachelier AESI: 779 étudiants inscrits dans les sections permettant d’enseigner le français, 1 021 étudiants dans les sections en éducation physique, pour seulement 354 en langues germaniques, 304 en mathématiques et 219 en sciences. Il faut constater que toutes les disciplines n’ont effectivement pas le même succès auprès des futurs enseignants du secondaire inférieur. Une réflexion a été menée sur cette question dans le cadre de la réforme de la formation initiale des enseignants. L’option prise n’est pas, à l’instar de la Flandre, de donner aux étudiants la possibilité de choisir deux disciplines qui pourraient relever de domaines complètement différents car cela occasionnerait beaucoup de difficultés organisationnelles pour les établissements et pourrait produire des effets complètement inverses, dans le cas où aucun étudiant ne choisirait certaines disciplines. L’option prise dans le cadre de la réforme est celle de maintenir le principe de familles de disciplines en les élargissant. Le groupe technique «Savoirs et compétences» du Pacte pour un enseignement d’excellence a regroupé les compétences à enseigner dans le futur tronc commun en cinq domaines: langues, expressions artistiques, mathématiques et sciences, sciences humaines et activités physiques. En cohérence avec les travaux menés dans le cadre du Pacte et en concertation avec la ministre de l’Éducation, de nouvelles familles de disciplines seront proposées au choix des étudiants. À ce stade de la réflexion, nous pensons qu’elles devront, d’une part, se recouvrir et, d’autre part, comprendre chacune trois disciplines proches inscrites dans un même domaine de compétences. Par exemple, pour citer le domaine des langues, un étudiant pourrait choisir soit la famille de disciplines français/français langue étrangère/néerlandais soit la famille de disciplines deux langues germaniques/français langue étrangère. Partant du postulat qu’à l’intérieur d’un même domaine, les disciplines s’enrichissent et se complètent, le but est de renforcer les compétences disciplinaires, tout en formant davantage d’enseignants dans les disciplines souffrant de la pénurie. Il serait toutefois illusoire de prétendre résoudre la question de la pénurie des enseignants du secondaire inférieur uniquement grâce au choix de disciplines offert aux futurs enseignants. D’autres facteurs relatifs aux barèmes, au statut et aux conditions de travail, à l’image de la profession, expliquent la pénurie d’enseignants, tous niveaux confondus. Ceux-ci doivent également faire l’objet de toute notre attention et, je l’espère, trouver des solutions dans le cadre de la réforme de la formation initiale »

Personnellement, je partage les vœux du Ministre en ce qui concerne la réforme. Cela dit, les chiffres communiqués parlent d’eux-mêmes. Si le Ministre ne souhaite pas emboîter le pas à la solution flamande d’un décloisonnement, s’il préfère l’hypothèse de l’élargissement de ce qu’on a appelé les familles, avec même de nouvelles disciplines, c’est un choix politique devant lequel je ne peux que m’incliner, même si l’exemple flamand pouvait être suivi. C’est vous le ministre. Nous verrons bien si votre choix se révèle judicieux.