FWB – L’Ecole d’Ingénieurs de Charleroi, victime d’un boycott?

Le bassin de Charleroi a une tradition industrielle bien connue, et cela sans université, ce qui constitue toujours un handicap pour une grande ville. Par contre, certaines filières s’y sont développées, comme celle des ingénieurs industriels qui, pendant de très nombreuses années, a non seulement bien fonctionné, mais a aussi fait la renommée de la ville et des étudiants qui sortaient de cette école. Aujourd’hui, selon les chiffres dont je dispose, le flot est en train de se tarir voire de disparaître et j’aimerais en comprendre la raison.

Voici l’intégralité de ma question parlementaire et la réponse du Ministre.

« Les mots «victime d’un boycott» sont assez frappants et il faut remettre les choses en place. Je ne vais pas refaire tout l’historique, mais j’aimerais formuler quelques réflexions. Le bassin de Charleroi a une tradition industrielle bien connue, et cela sans université, ce qui constitue toujours un handicap pour une grande ville. Par contre, certaines filières s’y sont développées, comme celle des ingénieurs industriels qui, pendant de très nombreuses années, a non seulement bien fonctionné, mais a aussi fait la renommée de la ville et des étudiants qui sortaient de cette école. Aujourd’hui, selon les chiffres dont je dispose, le flot est en train de se tarir voire de disparaître et j’aimerais en comprendre la raison. Il y a bien eu des restructurations, la suspension de certains masters, parfois un manque de visibilité, une gouvernance imparfaite, un pilotage un peu problématique, mais les éléments avancés ne me paraissent pas suffisants pour expliquer cette tendance et l’éventuelle disparition de cette école pose question. Dernière information: la Haute École Provinciale du Hainaut-Condorcet (HEPHC) est la seule haute école de la Fédération qui a refusé de participer à l’accréditation au label EURACE. Il s’agit de standards européens. Je me mets à la place des étudiants. On ne choisit pas au hasard. On cherche une haute école qui offre des garanties et un spectre suffisamment large pour que le bagage soit complet à la sortie. Je voudrais comprendre ce qui se passe. N’est-il pas possible de corriger cette tendance et de redresser cette haute école, qui permet à de nombreux étudiants talentueux d’éclore dans leur vie professionnelle?

Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias : « La Haute École provinciale de Hainaut-Condorcet a constaté la parution de déclarations qu’elle estime erronées dans les éditos des numéros 304 et 305 de la revue trimestrielle de l’Association royale des masters en sciences de l’ingénieur industriel du Hainaut au sujet de formations qu’elle organise à Charleroi. M. Lambert, directeur et président de la HEPHC et Mme Josse, directrice de la catégorie technique, réfutent ces informations et tiennent à répondre aux inquiétudes formulées par M. Bodson, président de l’Association. La province de Hainaut ainsi que la direction de la Haute École Condorcet sont bien conscientes des difficultés de recrutement rencontrées dans la section des ingénieurs industriels de Charleroi. Redéployer des sections d’ingénieur industriel et leur rendre l’attrait qu’elles méritent auprès des jeunes exige un effort particulier et un investisse ment important. Depuis 2008, les autorités de la province de Hainaut ainsi que d’autres partenaires ont déployé beaucoup d’énergie pour développer, à Gosselies, un campus technologique destiné à accueillir les formations de l’enseignement supérieur dédiées au secteur technologique et résolument tournées vers le développement économique de la région de Charleroi. Malheureusement, vu la défection de certains partenaires, ce projet n’a pas pu voir le jour. Aujourd’hui, grâce au Fonds européen de développement économique et régional (FEDER) et avec le soutien de la ville de Charleroi et de la Région wallonne, la catégorie technique voit enfin la possibilité d’intégrer la dynamique universitaire du Centre d’excellence Zénobe Gramme et du Centre en efficacité énergétique par la création d’un campus technologique, qui sera installé au cœur de l’Université du travail, dans des bâtiments fraîchement restaurés et modernisés dont l’inauguration est prévue en septembre 2020. Les autorités provinciales et celles de la Haute École n’ont pas attendu ces échéances pour redéployer les différentes orientations proposées dans les sections d’ingénieur industriel, tant à Charleroi qu’à Ath et à Gosselies. En septembre 2014, le master de biochimie a été transféré à Ath. Depuis lors, il est entré en synergie avec les formations en sciences du vivant déjà présentes sur le site. Cette association permet aux diplômés de bachelier en chimie de poursuivre leurs études en accédant au titre d’ingénieur industriel en biochimie. En 2016, huit étudiants sont sortis diplômés de la première promotion de master en biochimie. Le master compte actuellement une vingtaine d’étudiants. Les partenariats avec UCB et GSK sont nombreux et la qualité de nos formations a été pleinement reconnue par la Commission des titres d’ingénieur (CTI) ainsi que par les employeurs des entreprises pharmaceutiques, agroalimentaires, biomédicales ou spécialisées dans l’environnement. Les premiers ingénieurs diplômés du master en aérotechnique sont sortis en 2016. Forte d’un partenariat avec l’ Universidade Federal de Itajubá (UNIFEI), l’équipe pédagogique du master en aéronautique assure une formation en simulation numérique au Brésil. Elle accueille des spécialistes de la certification d’aéronefs à Charleroi. Ce master rassemble aujourd’hui une trentaine d’étudiants et prendra certainement davantage d’ampleur lors de son implantation dans le village aéronautique de Gosselies, prévue à la rentrée 2018. Soutenu par Agoria, un master en alternance en gestion de la maintenance électromécanique, coorganisé par l’université de Mons et dispensé à Charleroi, compte une quinzaine d’étudiants et plusieurs partenariats de renom avec des entreprises des secteurs pharmaceutique, métallurgique et agroalimentaire ou des entreprises spécialisées dans la maintenance et l’optimisation des parcs industriels. Il permet aux diplômés des bacheliers en électromécanique et en informatique de systèmes une poursuite d’études dans un secteur en nette croissance. En août prochain, l’implantation du Centre en efficacité énergétique de l’ULB pourra, par l’instauration de nouvelles collaborations et la refonte de programmes d’études, redynamiser le master en électricité et susciter de nouvelles vocations auprès de la jeunesse. Enfin, les autorités provinciales et celles de la Haute École n’ont pas refusé de participer à l’accréditation CTI, mais, compte tenu des réorganisations effectuées ces dernières années et sur les conseils des représentants de la CTI, elles ont décidé de postposer cette demande d’accréditation pour la synchroniser avec l’audit de suivi des hautes écoles ayant reçu la certification pour trois ans. La catégorie technique a été évaluée très positivement et a été avisée lors de cet audit des pistes d’amélioration et de développement permettant de prétendre à l’accréditation par la CTI. J’espère avoir ainsi pu vous rassurer et vous montrer les efforts fournis par les différents établissements pour améliorer l’attractivité de leur cursus. »

Jean-Luc Crucke (MR) : « L’information que je détenais provenait de l’Association des anciens étudiants et de M. Bodson en particulier. Si les faits ne correspondent pas à la dynamique sur le terrain, je ne peux que m’en réjouir, car cette école a connu des moments de gloire et il serait dommage qu’elle disparaisse. Je m’interroge quand même sur le caractère contradictoire des deux visions. Selon vous, une véritable dynamique est en place. Or, la vision des anciens étudiants est très pessimiste. Un effort ne devrait-il pas être accompli en termes de communication, pour que les intérêts des uns et des autres puissent se rejoindre?