FWB – Pour plus de mixité sportive chez nos jeunes

Au Royaume-Uni comme dans de nombreux pays de tradition anglophone existent des équipes dites co-ed : des équipes de sport mixtes. Elles sont habituelles dans tous les sports, du moins chez les enfants. Quelle est l’étendue de ce phénomène chez nous ? Qu’est-ce qui freine ces équipes en Fédération Wallonie-Bruxelles ? La réponse du Ministre m’a déçu.

J’ai abordé en Commission des Sports le sujet la mixité sportive sur une base volontaire à travers l’exemple du football féminin mis en exergue dans une excellente émission de Radio 1. J’ai été frappé par l’unanimité des intervenants – l’entraîneur, l’équipe médicale, les parents, les joueurs et joueuses – qui s’accordent sur les bénéfices de la mixité dans le sport et de l’égalité qu’elle entraîne, jusqu’à un certain âge. Ce serait le cas jusqu’à environ dix ans quand le physique des filles et des garçons change. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’une équipe de football de filles batte une équipe de garçons lors d’un tournoi, et les équipes mixtes n’ont pas de moindres résultats. J’ai demandé au Ministre de faire le point sur la mixité sportive : combien d’équipes véritablement mixtes sont enregistrées en Fédération Wallonie- Bruxelles, les disciplines concernées et les rencontres sportives éventuellement organisées. En effet, au Royaume- Uni, ces équipes mixtes, co-ed en anglais, sont habituelles dans tous les sports, du moins chez les enfants.

coed

Le ministre m’a répondu que tant lui que la Minsitre de l’Égalité des Chances s’étaient mis d’accord de réserver chacun 50 000 euros au budget 2017 pour des projets de promotion de la mixité auprès des clubs. L’objectif est d’arriver à une plus grande égalité entre les hommes et les femmes dans le sport. Pour ce qui concerne la mixité en termes de réglementation sportive, les fédérations sportives sont régies par des règlements édictés par leur fédération internationale de tutelle. Ainsi, réglementairement, certaines compétitions sont mixtes, même chez les adultes. C’est notamment le cas pour l’équitation, le tennis, le tennis de table, le badminton, le kinball, la voile – sur certains supports – ainsi que pour la pétanque et le korfbal. Chez les jeunes, à tout le moins jusqu’à l’adolescence, certaines disciplines autorisent des équipes mixtes en compétition. C’est le cas dans la plupart des sports collectifs. Dans beaucoup de sports individuels ou d’opposition, les entraînements sont quasi toujours mixtes.

Malheureusement, l’administration manque d’une vue globale sur la pratique de la mixité dans le sport en Fédération Wallonie-Bruxelles. Sans cet éclairage, il est difficile pour le Ministre de se prononcer ou d’émettre des comparatifs avec d’autres expériences ou situations comme les équipes co-ed anglaises que j’ai évoquées. Cette étude n’aurait de sens que pour la pratique au-delà d’un certain âge. En dessous de 10-12 ans, le Ministre ne voit pas ce qui devrait limiter la mixité. Ce n’est qu’après que des différences physiques peuvent éventuellement justifier des pratiques séparées. Ces caractéristiques physiques ne peuvent d’ailleurs fonder de différence que dans la pratique d’une compétition. En sport amateur, il faut favoriser la mixité. La mixité n’a pas trait qu’à la pratique sportive elle-même. Elle est importante pour lutter contre les stéréotypes sexistes et pour la construction de rapports sociaux fondés sur l’égalité des genres. Il faut donc, chaque fois que c’est possible, favoriser la mixité dans la pratique sportive, comme dans toutes les activités sociales. Le Ministre a souligné qu’il voulait favoriser le développement des initiatives allant dans ce sens, tant à travers les soutiens structurels accordés aux clubs et aux fédérations que par le soutien de projets ponctuels de sensibilisation et de promotion de la mixité.

Le Conseil de l’Europe et la Commission ont d’ailleurs lancé une initiative conjointe visant à recueillir de bonnes pratiques en la matière. Sur cette base, des projets adaptés à la situation en Fédération Wallonie-Bruxelles pourront voir le jour. Aussi, un décret concernant le gender mainstreaming entrera en vigueur progressivement à partir du 1er janvier 2017 et consistera à intégrer la dimension de genre dans la gestion de l’ensemble des politiques publiques du ministère de la Fédération Wallonie- Bruxelles.

Je regrette fortement que les deux Ministres féminines n’aient pas associé le Ministre à leur réflexion. Il s’agit d’une forme de sexisme que le Ministre devrait combattre et ne pas tolérer. Il y a des limites à ne pas franchir et je suis prêt à vous aider. Vous nous avez dit qu’en dessous de l’âge de 10 ou 12 ans, il n’y a pas de raison de limiter la mixité. Il est important de le répéter, car certains ne l’ont toujours pas compris. J’espère que nous pourrons bientôt disposer de statistiques qui nous permettront d’avoir cette vue globale dont nous manquons et qui nous per- mettrait d’affiner la réflexion.