FWB – Omniprésence de stéroïdes dans le milieu de la musculation

Un médecin des sports l'UCL dit que le nombre de personnes tentées par l’utilisation de stéroïdes anabolisants ne cesse d’augmenter. En effet, ces substances illicites développent la musculature, ce que recherchent ceux qui pratiquent la musculation. En outre, une étude constate un manque de contrôle de l’utilisation de ces produits par les personnes qui ne sont affiliées à aucune fédération et appelle dès lors à une évolution de la législation.

Voici la question que j’ai posée à M. le ministre Madrane le 10 janvier 2017 en Commission des Sports de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

« Dans une interview à laquelle il a récemment répondu, le docteur Jean-Pierre Castiaux, à la fois médecin du sport aux Cliniques universitaires Saint-Luc et membre de la cellule antidopage de la Fédération, précisait que le nombre de personnes tentées par l’utilisation de stéroïdes anabolisants ne cessait d’augmenter. En effet, ces substances illicites développent la musculature, ce que recherchent ceux qui pratiquent la musculation. En outre, il constate un manque de contrôle de l’utilisation de ces produits par les personnes qui ne sont affiliées à aucune fédération et appelle dès lors à une évolution de la législation. Je voulais faire le point avec vous, Monsieur le Ministre, sur cette éventuelle modification de la législation. Pouvons-nous savoir quelle est la situation? Le docteur Castiaux parlait d’urgence. Si on n’y met pas un terme aujourd’hui, le phénomène pourrait devenir incontrôlable.

 

Le Ministre Madrane m’a répondu en ces termes : « Je vous remercie pour votre intérêt pour la lutte contre le dopage dans les milieux des salles de musculation. Il faut d’abord rappeler que le décret «Fitness» prévoit, parmi les conditions pour l’octroi et le maintien du label de qualité, l’obligation, pour l’exploitant de la salle, de sensibiliser les sportifs qui fréquentent celle-ci au bénéfice d’une alimentation saine et aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires et de produits dopants. Toutefois, comme vous le dites tous les deux fort justement, rien ne permet actuellement de sanctionner les sportifs non affiliés à une fédération. Les services de l’administration et de l’Organisation nationale antidopage (ONAD) travaillent actuellement à des modifications de texte permettant de prendre en compte la situation des sportifs non affiliés, et souvent même non compétiteurs, qui font pourtant également usage de produits dopants. Une consultation avec les salles de fitness semble moins nécessaire pour l’élaboration du décret que pour la conception d’une campagne d’information et de sensibilisation sur les futures normes. Nous espérons effectivement que celle-ci pourra intervenir encore en 2017, après les modifications nécessaires du décret et de ses arrêtés d’exécution. L’information est capitale à ce sujet, car, outre les risques liés au dopage pur et simple, il faut informer sur ceux qui sont induits par la consommation de compléments alimentaires. Vous le savez, différentes études scientifiques ont montré que 15 à 25 % des compléments alimentaires contenaient des substances interdites, qui sont rarement mentionnées sur l’emballage. Ces études ont montré que la présence de ces substances avait deux origines: d’une part, la contamination accidentelle durant le processus de fabrication, le même équipement et les mêmes installations de stockage étant utilisés pour ces compléments et pour les substances dopantes, et, d’autre part, la contamination volontaire, lorsque, dans certains cas, des substances dopantes sont ajoutées aux compléments. Face à ce constat, l’ONAD et le ministère de la Communauté française ont récemment pris contact avec l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé et la DG4 du SPF Santé publique afin de vérifier si la norme «AFNOR NF V 94-001» existe en Belgique, comme elle existe en France. Le constat est simple: il n’existe aucune norme à ce sujet dans notre pays. Des guides d’autocontrôle existent pour les compléments alimentaires, mais sans norme spécifique sur le dopage. Un autre contact a également été pris avec le Bureau de normalisation belge, afin de voir si le développement d’une telle norme était envisageable ou envisagé. Nous attendons encore leur réponse. En ce qui concerne plus particulièrement les contacts avec la ministre de la Santé, un groupe de travail antidopage vient d’être mis sur pied dans le cadre de la Cellule générale de politique «Drogues», dont la première réunion s’est tenue le 20 septembre 2016. Ce sous-groupe souhaitant examiner le problème du dopage dans le cadre d’une large perspective multidisciplinaire, il réunit différents acteurs de terrain: des représentants des ministres compétents pour le dopage, des représentants des quatre ONAD belges, mais aussi des représentants du SPF Santé publique, du SPF Justice et de la police fédérale, qui dispose d’une section «Hormones». En ce qui concerne le terrain d’action et les objectifs de ce groupe de travail, nous retrouvons tout d’abord la recherche scientifique. L’idée est de procéder à une cartographie des domaines de la recherche encore inexplorés. Ensuite, il est question de la sensibilisation des médecins, des pharmaciens et de tout le milieu paramédical à la présence de produits interdits dans les médicaments prescrits aux sportifs. Enfin, il s’agit de la cartographie de l’offre des soins dispensés aux sportifs dopés. Pour résumer: offre, disponibilité, traitement. La prochaine réunion de ce groupe de travail est prévue ce mois-ci et devrait permettre, à terme, l’instauration d’une collaboration avec le SPF Santé publique. »

 

J’ai répondu en ces termes: « Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour votre réponse circonstanciée. Je suis heureux d’entendre qu’on envisage concrètement la modification de la législation et qu’elle pourra avoir lieu dans le courant de l’année 2017. Je pense aussi que les contacts pris avec le pouvoir fédéral et les organismes qui s’occupent de la lutte contre les produits anabolisants, pour ne pas dire des drogues au vu de la dépendance qui peut en résulter chez certaines personnes, sont une bonne chose. J’espère que le groupe de travail mis sur pied pourra également déboucher sur un certain nombre de solutions pragmatiques et répressives. »