FWB – Retoucher le « Paysage » de l’enseignement supérieur

J’ai interpellé le Ministre Marcourt sur les problèmes liées au Décret « Paysage ».

« Unités d’enseignement » et « Activités d’apprentissage » font, depuis 3 années académiques déjà, partie du vocabulaire de nos étudiants du supérieur.
L’heure est à l’analyse critique et aux solutions.

En effet, après trois ans d’existence, ce décret qui réforme l’Enseignement supérieur (texte législatif ici) est loin de ne faire que des heureux. Une pétition a d’ailleurs été mise à signature à l’initiative d’enseignants du supérieur. D’après eux, c’est une manifestation d’opinion positive, car tout n’est pas à jeter. Ils demandent de modifier ce qui doit l’être. Leurs critiques portent essentiellement sur trois points : l’administratif et le structurel auraient pris le pas sur la recherche qualitative, les étudiants se perdraient dans une course aux crédits plutôt que dans l’apprentissage d’un métier et, enfin, les relations enseignants-étudiants seraient végétatives : il serait difficile de nouer de tels contacts, pourtant importants pour le travail, les prospectives, les connaissances et les appréciations. J’ai demandé si le ministre avait reçu cette pétition, quelle était sa réaction et sa position face à ces critiques, s’il est disposé à évaluer le décret avec l’ensemble des opérateurs, pour éventuellement le corriger. En effet, le décret contient des erreurs, de jeunesse et autres. Comment mettre en place une culture de la performance et de l’excellence dans notre enseignement supérieur ?

 

Voici d’ailleurs deux opinions de l’enseignante en question, publiées dans le courant du mois de novembre dans la presse francophone:

  • Il faut retoucher le « paysage » du Supérieur (La Libre Belgique, 09/11/2016, voir ici)
  • Enseignement supérieur: de la nécessité de retoucher le Paysage (Le Vif, 02/11/16, lire ici)

 

Le Ministre Marcourt m’a affirmé avoir pris connaissance de la pétition lancée par une professeure d’une haute école du réseau de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’enseignante aurait été reçue à son cabinet afin qu’elle exprime son vécu et les difficultés rencontrées, pour faire la part des choses entre ce qui relève du décret, dont l’auteure de la pétition partage la philosophie, et de sa mise en œuvre parfois erronée sur le terrain. Lors de cet entretien fructueux, il serait apparu que, le plus souvent, le décret porte l’articulation suffisante pour régler de nombreux problèmes organisationnels. Certains professeurs regrettent que la communication et les clarifications apportées dans les instances comme l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES) ou le CRACOS ne leur parviennent pas toujours.

 

Le Ministre a donc reconnu qu’il y a donc un problème de communication. Au-delà du moyen utilisé, les propos tenus reflètent une difficulté partagée par une partie des enseignants de l’enseignement supérieur. Il faut en être conscient. Le Ministre a ainsi justifié que dès le vote du décret, il a installé un comité de suivi pour accompagner la mise en œuvre de la réforme qui est le fruit d’un processus participatif sans précédent. En 2009, des tables rondes ont été organisées. Elles feraient l’objet d’un large consensus jusqu’à l’adoption du décret et son évaluation permanente. Manifestement, l’intégration du nouveau dispositif et des avancées qu’il contient, notamment pour l’autonomie des équipes, n’a pas été réalisée partout. Le Ministre insiste pour que soit renforcé l’accompagnement.

 

Depuis l’entrée en vigueur du décret, il dit avoir mis en place un comité de suivi composé des partenaires de l’enseignement supérieur: des représentants des universités, des hautes écoles, des écoles supérieures des arts, des organisations syndicales, des commissaires et délégués du gouvernement, de l’administration, de l’ARES, des étudiants et de son cabinet. Ce comité se réunit au moins trois fois par an et examine les questions restées en suspens et les modifications à apporter. À la suite de ses analyses croisées, deux décrets ont été votés pour apporter des améliorations au dispositif. Les commissaires et délégués du gouvernement tiennent à jour des vade-mecum des décrets « Paysage » et « Financement » accessibles à tous sur un site internet pour s’assurer que tous les établissements appliquent les règles de la même manière tout en respectant l’autonomie et la liberté pédagogiques. Mais force est de constater que ce travail d’analyse réalisé en continu est parfois méconnu de certaines équipes.

 

Le Ministre a ajouté que ses collaborateurs étaient en contact permanent avec les responsables d’institutions ou les enseignants, qui devraient savoir que nous sommes à leur disposition, avec les commissaires et délégués du gouvernement, pour apporter des solutions concrètes aux cas particuliers qui se font jour. Lors de ces contacts, ils constatent que certaines équipes s’enfermeraient dans des contraintes imaginaires qu’elles s’imposeraient elles-mêmes, mais qui ne sont nullement prescrites par le décret. Elles se compliquent parfois la vie à outrance, alors que le décret leur donne, au contraire, davantage de liberté et d’autonomie, possibilité qui n’est pas ou est mal exploitée.

 

Le ministre a dit constater, en outre, que, dans certains établissements, les choses se passent bien et les difficultés se règlent sereinement, tandis que, dans d’autres, moins . Pourquoi ce qui fonctionne à certains endroits ne fonctionne-t-il pas partout ? Il s’agit pourtant du même décret. Le Ministre dit être au courant du travail colossal que les enseignants et les équipes administratives accomplissent au quotidien, particulièrement lors des rentrées, puisqu’il faut mettre en œuvre les programmes.  Le problème s’expliquerait sans doute en partie, selon lui, par le fait que le contenu des travaux menés au sein de l’ARES ou du comité de suivi ne parvient pas suffisamment ou suffisamment vite aux enseignants. Ces derniers peuvent dès lors se sentir isolés devant des situations sujettes à interprétation, pour lesquelles ils ne trouvent pas nécessairement de solution rapide. Il a confié réfléchir au moyen le plus adéquat pour améliorer la communication avec les équipes sur le terrain. Cette question fera l’objet d’une discussion du comité de suivi, qui se réunit demain. Le ministre a encore rappelé que le décret donne davantage d’autonomie pédagogique aux équipes. C’est un des axes majeurs de la réforme et il est pour le moins paradoxal que, dans certains cas, le ressenti soit exactement inverse. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons donc écouter les équipes, entendre les difficultés, apporter les solutions les plus efficaces qui doivent permettre aux enseignants et aux équipes de se concentrer sur le cœur même de leur action. Ces solutions ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre, mais elles sont pour la plupart organisationnelles et non inhérentes au décret lui-même.

Le ministre constate que les problèmes évoqués par l’auteure de la pétition ne sont pas liés au texte du décret. Le système des hautes écoles, venant de l’enseignement obligatoire de plein exercice, est extrêmement précis, et si davantage de liberté a été conférée, il reconnait avoir omis de donner les outils permettant d’utiliser cette liberté. Par exemple, utiliser les unités d’enseignement comme des « fourretout », en y intégrant des activités d’apprentissage non cohérentes, occasionne des blocages. Lorsqu’il faut établir le programme d’un étudiant, l’unité d’enseignement forme une unité homogène et incontournable, et cela peut donner lieu à des problèmes en cours de cursus parce qu’il faut avoir réussi cette unité en tant que prérequis ou corequis pour passer à un cours suivant. Le décret ne précise pas ce qu’il faut intégrer dans une unité d’enseignement. Cette décision incombe au pouvoir organisateur, à l’équipe pédagogique. Dans certains cas – et il faut reconnaître que les universités étaient plus sensibilisées à cette question que les hautes écoles – ce n’est donc pas le décret qui pose problème, mais la manière dont il en est fait usage. Il existerait aujourd’hui une véritable volonté d’accompagner cette démarche. La professeure aurait d’ailleurs reconnu que l’essentiel des remarques formulées pouvait trouver réponse sans modifier le décret. Il faut donc continuer à accompagner cette approche. C’est la raison pour laquelle il entend, dans le cadre de la réforme de la formation initiale, renforcer l’accompagnement des hautes écoles qui l’organise, de manière à éviter que cette problématique ne se pose à l’avenir.

 

J’ai bien évidemment remercié le Ministre pour sa réponse que j’ai trouvée équilibrée. Sans nier les problèmes, il a désiré y apporter des solutions. Je peux comprendre que le Ministre relativise les inconvénients du décret… J’ai encore rappelé que le MR n’avait pas voté contre. Nous nous étions abstenus, car, tout en partageant sa philosophie, nous avions des craintes sur sa mise en œuvre. Certaines de ces appréhensions se sont avérées fondées, d’autres pas. Je me réjouis que le Ministre ait reçu l’enseignante qui est à l’initiative de cette pétition. Elle s’implique d’une manière très volontaire, au-delà de sa fonction de professeur, dans tout le système, en tenant compte en premier lieu des étudiants. Je peux penser que certaines choses peuvent être corrigées par les établissements eux-mêmes. Il serait intéressant que nous recevions les procès-verbaux du comité de suivi. Je sais que ce comité existe, mais contrairement à l’ARES dont le site fournit beaucoup d’informations, nous ne connaissons pas le travail de ce comité de suivi. La communication serait améliorée si les informations et les débats de ce comité de suivi étaient diffusés. J’ai enfin attiré l’attention du ministre sur la lourdeur administrative – je connais les difficultés financières de la Fédération Wallonie-Bruxelles – qui s’est accrue pour les institutions. Elles n’ont pas reçu de soutien supplémentaire pour la prendre en charge. Je pense qu’il y a là aussi lieu, concrètement, de poser un geste ou de mettre en place une organisation.