FWB – ITCF de Renaix : le surréalisme communautaire dans toute sa splendeur!

Voilà des années que je m’inquiète de l’avenir de l’ITCF de Renaix. Cet établissement secondaire technique et professionnel qui propose des formations paramédicales subit une situation on ne peut plus cocasse : implanté sur le territoire flamand, les formations proposées dépendent de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Un exemple brillant de communautarisme : Pour pouvoir être admis dans cette école, il faut habiter en Wallonie ou dans un pays étranger. Si vous habitez en Flandre, vous ne pouvez pas fréquenter cette école-là. Racontez cela dans le monde entier, personne ne nous croira !

2016-11-09

En octobre dernier, j’ai interpellé la Ministre sur l’avenir de cet établissement pédagogique. En effet, les derniers chiffres que j’ai reçus datent de janvier et attestent de 211 élèves réguliers; 4 élèves libres; 151 de nationalité française, soit 70 % de la population scolaire; 41 enseignants , 3 surveillants-éducateurs, 1 proviseur. Nous sommes en Flandre, dans une école dépendant de la Communauté française qui est financée par la Flandre pour les questions organisationnelles. Les enseignants sont payés par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour pouvoir être admis dans cette école, il faut habiter en Wallonie ou dans un pays étranger. Si vous habitez en Flandre, vous ne pouvez pas fréquenter cette école-là. Racontez cela dans le monde entier, personne ne nous croira! Voici ma question telle qu’elle a été posée :

 

« J’avais eu vent d’un certain nombre de départs d’enseignants. J’étais donc revenu vers la Ministre en juin 2016 et la Ministre m’avait répondu qu’elle était en attente d’un rapport.  Elle m’avait même conseillé de l’interroger à nouveau dans la quinzaine. Je ne l’ai pas fait, d’abord parce que je sais qu’un ministre a d’autres chats à fouetter, mais le règlement de notre Parlement ne permet pas non plus de revenir vers le ministre dans les quinze jours. Je ne pouvais donc pas le faire et je devais attendre un mois ! J’ai alors adressé une question écrite, mais je n’ai pas eu de réponse. Je suis donc obligé de revenir vers vous aujourd’hui.

 

La rentrée est passée et j’espère que vous avez les chiffres maintenant. D’autant qu’il a été envisagé à un moment donné un déplacement de cette école vers la commune voisine de Frasnes-lez-Anvaing. On me disait que cela coûterait un peu d’argent, 4 millions d’euros. Dans le budget de la FWB, ce n’est pas une somme trop importante, mais cela permettrait à tous les élèves, qu’ils habitent en Wallonie ou en Flandre, de fréquenter cette école qui, au demeurant, est considérée comme ayant un certain nombre de qualités sur le plan professionnel. Je vous demande de faire le point sur ce dossier et surtout sur sa pérennité. »

 

La ministre de l’Éducation s’est excusée de ne pas avoir répondu à ma question écrite. Vu la situation compliquée évoquée lors de ma dernière intervention ici, il lui semblait plus opportun d’avoir une vue claire sur la situation de la population scolaire à la rentrée ainsi que sur l’évolution du dossier de la réforme des métiers des soins de santé dont il est discuté avec la ministre fédérale. Dans sa dernière réponse du 27 juin, elle a précisé que, s’il existe une proposition de la Direction générale des infrastructures (DGI) relative à un projet de construction sur le site d’Anvaing, cette proposition vise à remplacer une première partie des locaux de l’Athénée d’Anvaing. Il est pourtant exact que l’administration générale de l’enseignement a, un temps, suggéré que les bâtiments actuels de l’Athénée d’Anvaing puissent, au terme de la construction d’un nouveau bâtiment, accueillir les élèves de l’ITCF de Renaix. Cela avait donc été évoqué. Mais l’analyse de la direction générale des infrastructures est défavorable dès lors que la justification du projet de construction de nouveaux bâtiments pour l’Athénée est l’état du bâtiment actuel eu égard notamment à la sécurité, à la salubrité et à la consommation énergétique.

 

À la rentrée scolaire 2016, les derniers chiffres de population montrent une perte d’élèves d’environ 18 %, particulièrement significative pour la première année du quatrième degré de l’enseignement professionnel secondaire complémentaire en soins infirmiers. Il y a 31 élèves en moins par rapport au 15 janvier 2016, soit une perte de 42 %, qui s’expliquerait clairement par la crainte des étudiants français, qui constituent une grande partie de l’effectif estudiantin, que le diplôme ne soit plus reconnu dans leur pays.

 

Ce sentiment est d’autant plus renforcé que le Pôle emploi, équivalent français du FOREM, ne semble d’ores et déjà plus accorder d’allocations de chômage aux élèves de l’enseignement supérieur inscrits au brevet. Elle a voulu me rassurer sur les membres du personnel de l’établissement pour cette année scolaire : ils auraient reçu des informations précises, tout comme les représentants syndicaux, lors du comité de concertation de base du 22 septembre. Au surplus, une demande de dérogation aux normes a été adressée par la direction à la ministre et elle dit y avoir accordé une suite favorable, justifiée essentiellement par la nécessité de se conformer au cadre législatif encadrant certaines pratiques professionnelles pour garantir le maintien de la qualité du cadre pédagogique tout en renforçant les conditions de travail des étudiants et de leurs enseignants.

Cette réponse me laisse sur ma faim. On nage, il me semble, en plein surréalisme. Le monde entier peut fréquenter cette école, là où elle est située aujourd’hui, comme en témoigne la présence de 70 % de Français, sauf les personnes domiciliées en Flandre. La qualité de cette école est reconnue depuis des années, des hôpitaux flamands prennent ses étudiants comme stagiaires, même s’ils ne parlent pas le néerlandais. Si elle déménage en territoire wallon, dans un bâtiment qui coûte un peu d’argent, on tuera à terme cette école et notre expertise en Fédération Wallonie-Bruxelles. Je remercie la Ministre pour la dérogation aux normes. En outre, je vais inviter la Ministre à Frasnes-lez- Anvaing et lui montrer qu’il est possible d’accueillir ces étudiants et que cela ira dans l’intérêt de l’expertise de la Fédération Wallonie- Bruxelles et des jeunes dont nous avons besoin, de peur de perdre une matière brute que nous allons perdre : cette formation de qualité.